O

 

Tout à coup l’autre soir, il y a quelques jours, au moment de m’endormir il m’est apparu évident que le ready-made est la réactivation fulgurante de la question du sacré au début du XXième siècle .

La question de l’irreprésentable – indissociablement liée à celle de l’incarnation – est essentielle dans la création ; cette impossibilité constitue l’écart qui fonde toute création.

Pourtant quelques images dans leur singularité irréductible nient cet écart, dans un échange charnel entre l’image et son modèle : le «Saint Suaire» , et plus bouleversant car désormais invisible, le Linge de Véronique, qui célèbre l’union des larmes et de l’image. Véronique patronne des blanchisseuses et des photographes . L’image née du contact, le temps de la consolation.

Et si, à condition de s’accepter vulnérable, le sens de la création relevait de cet apaisement ?

La tradition byzantine des icônes dites « acheiropoiètos » s’inscrit dans ce courant de l’intervention minimale de l’auteur dans la création de l’image ; elle prétend même son inexistence puisque « non faite de main d’homme ».

Alors est-ce impossible d’envisager aussi la création des ready-made comme acheiropoiètos par définition ?

Et que dire du premier ready-made de Marcel Duchamp « Roue de bicyclette » 1913, montrant une roue de vélo dans sa fourche, retournée et plantée dans un tabouret ? Est-il si éloigné de l’ostensoir sur l’autel, alors qu’il fallait à notre corps défendant, mais sous une autorité paternelle aussi chaleureuse que sans appel, planter tous nos jeux découverts quelques heures plus tôt à peine, pour nous rendre à Vêpres le jour de Noël ?

 

 

1er Janvier 2003 Bayonne