SUD-OUEST
Emmanuelle Fère
Anglet

Son année passée au fil du pinceau

Solange Toutenuit livre avec son exposition « Limites » le résultat d'un travail d'un an sur le littoral angloy. Visite avec l'artiste, comme une balade panoramique.

La plasticienne Solange Toutenuit a passé toute l'année 2012 à œuvrer sur le thème des berges de l'Adour, et des plages angloyes. Il y a un an (1), la jeune femme nous recevait chez elle, à Anglet, pour nous confier ses intentions artistiques, son travail sur ces paysages qu'elle parcourt à longueur d'année, par tous les temps.

Son exposition, accrochée dans la galerie Georges-Pompidou (2), est un panorama en soi. Les photographies des paysages du bord de mer, imprimées de façon numérique sur support aluminium, et retravaillées à la peinture acrylique dessinent une ligne d'horizon autour de laquelle le visiteur peut tourner, à 360 degrés. Respiration, impression de grand large et du bout de la plage à la fois. Car le travail de Solange oscille subtilement entre ces deux limites. Celle de la familiarité des paysages, de la promenade des enfants, et du coin de serviette de bain, et celle du regard détaché, de la hauteur de vue, de la mise en perspective, et de l'ailleurs.

Encre de Chine sur 20 mètres

Car pour réinventer les images du littoral, Solange Toutenuit a ressenti le besoin de se plonger dans une représentation du paysage que ses yeux bleus n'ont pas l'habitude de contempler. Cartes routières, cotes marines, plan local d'urbanisme et autres relevés topographiques. De ces documents administratifs, qui ont leur propre esthétique, l'artiste a extrait les quartiers, les vagues et les aspérités qui l'ont inspirée, pour réaliser un rouleau de 20 mètres, de dessins à l'encre de Chine.

« J'ai eu besoin de voir les limites du territoire d'une autre façon », explique Solange Toutenuit, qui offre au spectateur près de 8 mètres de cette œuvre sous la forme d'un dispositif vitré, présenté au début de l'exposition. L'œuvre, entre topographie et images fantastiques, fait songer au travail d'une moniale copiste, qui aurait pris quelques libertés avec la réalité. Les images du littoral par Solange Toutenuit sont finement choisies, cueillies et agissent sur le visiteur, tels des flashes, comme « des fragments de la mémoire collective angloye ».

Solitude et plages bondées

Ainsi, cette photo d'une promeneuse, photographiée, comme un hasard, le 1er janvier 2012 et intitulée « Solitude d'hiver ». Minérale et faiblement peuplée, l'œuvre s'impose comme un contrepoint aux scènes de plages bondées et colorées, de l'autre côté de la salle, mais qui racontent d'autres formes de solitude. Quant à soi sur un bout de serviette, le parasol comme porte-drapeau d'un territoire individuel. « Limites » raconte ce littoral-là, ou plutôt ces littoraux révélés par la photo, densifiés par le pinceau.